Trois lancements : Inde, Russie, Chine


Jeudi 29 mars 2018, ce ne sont pas une, ni deux mais bien trois fusées qui ont décollées pour mettre en orbite un total de quatre satellites. Comme si trois lancements n’étaient pas assez en soit, on y a vu deux fusées assez atypiques. Un premier lancement a eu lieu à 13h26 depuis le centre spatial de Satish Dhawan en Inde. Les deux suivants n’ont été espacés que de quelques minutes avec un lancement depuis Plesetsk en Russie à 19h38 et un lancement depuis Xichang en Chine vers 20h (l’agence spatiale chinoise ne communique que très peu sur ses lancements).

 

GSLV F08

Le premier lancement de la journée était donc indien. Le but de cette mission était de placer le satellite GSAT-6A sur une orbite géostationnaire. Pour atteindre ce but, l’ISRO (Organisation de Recherche Spatiale Indienne) a dû sortir les grands moyens en plaçant sur le pas de tir leur deuxième fusée la plus puissante : la GSLV mkII. En plus d’envoyer GSAT-6A, cette mission a permis à l’agence indienne de tester certaines modifications sur le second étage du lanceur.

 

Fusée GSLV mkII au décollage. Crédits : ISRO

 

GSAT-6A est un satellite de communication développé par l’ISRO qui rejoint leur constellation INSAT. Ce satellite construit sur la base I-2K de l’agence indienne va communiquer avec une antenne bande S haute puissance. Il mesure 1,53m de largeur, 1,65m de profondeur et 2,4m de hauteur lorsqu’il n’est pas déployé. En effet GSAT-6A emporte une antenne équipé d’une nouvelle technologie : une antenne dépliable de 6m de diamètre. Ce satellite étant très similaire à GSAT-6 lancé en août 2015, il va également servir de démonstrateur technologique pour plusieurs mécanismes dont cette antenne dépliable. L’antenne bande S devient ainsi la plus grande antenne spatiale jamais envoyé dans l’espace par l’ISRO. C’est cette fréquence qui est utilisée pour transmettre les communications tandis qu’un système d’antennes bande C, dont une antenne déployable de 0,8m, s’occupe de relayer le signal de contrôle des stations au sol. Pesant près de 2,14 tonnes, GSAT-6A produit pas moins de 3 119 watts pour alimenter tous ses systèmes.

 

Satellite GSAT-6A au moment de son encapsulation dans la coiffe du lanceur. Crédits : ISRO

 

La moitié de la masse de GSAT-6A ne représente que du carburant. En effet, le lanceur place le satellite sur une orbite de transfert hautement elliptique et c’est ensuite à ce dernier de réaliser une manœuvre pour atteindre son orbite circulaire finale. Pour ce faire, GSAT-6A possède un moteur principal nommé LAM qui a été certifié pour pouvoir rester allumé pendant 50 minutes sans interruptions et qui atteint un temps maximal cumulé de fonctionnements de plus de 6h30. Cependant ce moteur de 440N de poussée ne devrait pas avoir à rester allumer si longtemps. LAM utilise des carburants hypergoliques (Tetroxide d’azote et dimethilhydrazine) : ces carburants ont la propriété de s’enflammer au moindre contact. Ce type de carburant est très souvent utilisé pour les satellites car il permet des rallumages quasi infinis des moteurs. Sur GSAT-6A, ces mêmes carburants sont utilisés sur 8 petits moteurs de 22N et 8 autres de 10N qui servent principalement au contrôle de l’attitude et au maintien en orbite. Ces plus petits moteurs peuvent rester allumer pendant 2h45 sans interruptions mais encore une fois, ils ne seront jamais utilisés si longtemps. Le point le plus important pour ce type de moteurs est plutôt le nombre de rallumages possibles : Ici on atteint 300 000 cycles. Ces moteurs peuvent également fonctionner en mode pulsatif pour réaliser de très légères corrections. Le temps minimal de ces pulses est de 8ms (8 millièmes de secondes !).

 

GSAT-6A en orbite (vue d’artiste). On note bien l’antenne de 6m dépliée. Crdéits : ISRO

 

En comptant tous ses systèmes et le carburant disponible, la durée de vie prévue de GSAT-6A est de 10 ans. A la fin de cette période, le satellite sera réhaussé sur une orbite dite « cimetière » pour éviter toute collision avec d’autres satellites.

Comme évoqué précédemment, le lanceur GSLV mkII a testé des modifications sur le second étage pendant ce vol. Ces changements sont principalement sur le moteur : L’ISRO a remplacé le moteur Vikas classique par un moteur de nouvelle génération avec plus de poussée. Cette amélioration permet d’augmenter la charge utile maximale en orbite basse de 2,5 tonnes. D’après l’ISRO, ce changement sera affecté aux prochains vols de GSLV mkII dont le vol de Chandryaan-2 qui devrait avoir lieu cette année et viser la Lune avec un orbiteur, un atterrisseur et un petit rover.

 

Intégration du deuxième étage du lanceur GSLV mkII. Crédits : ISRO

Ces modifications ont été testées avec succès et le vol a été un succès. Petit fait amusant, pendant la conférence de presse post-lancement, le porte-parole de l’ISRO a parlé rapidement de leur fusée PSLV-XL en la désignant avec le surnom « sale gosse » en rapport au précédent échec du déploiement de la coiffe l’année dernière. Heureusement, ce sera à GSLV mkII de gérer l’importante mission lunaire qui marquera le premier atterrissage lunaire pour l’Inde !

Malheureusement, trois jours après le lancement, l’ISRO a annoncé qu’ils avaient perdu le contact avec GSAT-6A. Les ingénieurs vont tout tenter pour regagner le contrôle du satellite. Si leurs tentatives sont vaines, cet échec rejoindra celui de l’année dernière sauf que là ce n’est pas le lanceur qui a échoué mais bien le satellite en lui-même.

 

Tableau informatif sur le lanceur GSLV mkII. Crédits : ISRO

Profil de vol de la GSLV mkII. Crédits : ISRO

 

 

VNIIEM EMKA

Plus tard dans la journée, c’est une fusée russe qui décollait depuis le centre spatial de Plesetsk pour emmener le satellite VNIIEM EMKA en orbite. Cette fusée c’est la Soyuz 2.1v qui a effectué son quatrième vol avec succès. EMKA, c’est un satellite expérimental militaire pour le compte du ministère russe de la défense.

 

Décollage de la fusée Soyuz 2.1v. Crédits : Roscomos

 

EMKA, ou autrement nommé Zvezda ou encore Kosmos-2525, aura pour but de tester un nouveau système d’imagerie terrestre. Ce dernier atteindra un rapport résolution / taille assez important. En effet, le satellite ne mesure que 0,9 x 0,7 x 1,4m et pourtant il peut prendre des photos d’une résolution de 0,5m au minimum : cette résolution signifie la longueur d’un côté d’un pixel sur l’image finale. Une telle résolution est aussi permise par l’altitude relativement basse de l’orbite du satellite : 300km. Le capteur permet d’obtenir des images dans le domaine de la lumière visible et donc des couleurs réelles et fidèles à la réalité. Au total, le satellite ne pèse que 250kg et du fait de son statut de démonstrateur a une durée d’environ cinq ans.

 

Satellite EMKA. Crédits : VNIIEM

Etant donné qu’EMKA est un satellite militaire, les seules infos proviennent des publications publiques de VNIIEM, son fabricant, qui sont assez limitées. Dans les faibles informations que nous avons, nous pouvons noter la présence de moteurs K50 et K10,5 qui ont respectivement des poussées de 50N et 10,5N pour garder le satellite sur son orbite mais aussi contrôler son attitude (son orientation). Pour obtenir cette dernière, EMKA est équipé d’un capteur stellaire qui, comme au XVIème siècle en navigation maritime, utilise les étoiles pour se repérer.

 

Ce satellite a été lancé par une fusée Soyuz 2.1v qui peut sembler assez étrange pour tous fans du spatial. En effet, on retrouve l’appellation Soyuz, le haut d’un Soyuz mais en bas il n’y a pas de boosters. En plus ce lanceur est très récent : Son premier vol a eu lieu en décembre 2013. Le but principal du Soyuz 2.1v est de fournir à la Russie un lanceur léger pour remplacer Rokot. Effectivement, ce dernier qui avait été développé pendant l’URSS utilise des pièces de missiles ukrainiens, pays qui n’accepte plus de leur fournir ces pièces. Roscosmos a donc décidé de commander à son constructeur de fusées, TsSKB Progress, de plancher sur une version modifiée du Soyuz. On arrive finalement avec une fusée de 160 tonnes au décollage et qui peut en placer 3 (des tonnes, pas des fusées) en orbite basse.

Profil de vol de la fusée Soyuz 2.1v lors de ce vol. Crédits : Russian Space Web

Cette mission marque donc une nouvelle réussite pour la Russie du spatial et le lanceur Soyuz 2.1v devient de plus en plus fiable (malgré un échec partiel lors du deuxième vol dans lequel le satellite n’a pas voulu se détacher). Ce vol marquait le 27ème vol orbital réussi depuis le début de l’année.

 

BEIDOU 3 M9 & 10

Le dernier lancement de la journée a eu lieu quelques minutes après celui de la Russie. Celui-ci a mis en orbite deux nouveaux satellites du programme de géolocalisation chinois Beidou 3. C’est le lanceur Longue Marche 3B qui a accompli cette mission. Le lancement s’est déroulé parfaitement bien d’après les annonces effectuées par les dirigeants de la CNSA (Administration Spatiale Nationale Chinoise). Si vous souhaitez plus d’informations sur les satellites ou sur le lanceur, vous pouvez en trouver sur l’un de nos précédents articles.

 

Décollage de la fusée Longue Marche 3B. Crédits : CNSA

 

Au final, ce ne sont pas moins de trois fusées qui ont emportées un total de quatre satellites en ce jeudi 29 mars 2018. Cette année pourrait bien marquer un record de lancement car nous sommes déjà à 28 lancements orbitaux à la fin de Mars (et même à 30 si on compte le lancement de SpaceX de Vendredi et le nouveau lancement chinois de Samedi).

 

Sources : ISRO, SpaceFlight101, RussianSpaceWeb, VNIIEM, Roscosmos, CNSA

 

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Jeune lycéen de 15ans.
Rédacteur actu spatiale officiel de KSC.